La SNCB détruit, gaspille, expulse. Bref, tout sauf un progrès !
Le vendredi 24 avril 2009, la commission de concertation de Schaerbeek se réunit sur le projet d'extention de la capacité du « quadrilatère » (nord de la Jonction). Pour ce faire, la SNCB demande la démolition de nombreux bâtiments faisant partie du patrimoine architectural bruxellois, expulse plus de 200 habitants sans plan de relogement, déstructure le quartier et sans même être sûr que ce projet sera utile plus que quelques années. Un gâchis annoncé ?
Du point de vue du patrimoine, ce projet prévoit actuellement la destruction du coté pair de la rue du Progrès (n°217 à 270), d'un bâtiment protégé (la conciergerie du site Aubert-Blaton est inscrite sur la liste de sauvegarde) et de l'ancienne cabine électrique n°III (bâtiment Art Deco remarqué par la CRMS). L'essentiel du coté air de la rue du Progrès est formé, pour l'essentiel, de maisons datant de la fin du XIXe et du début du Xxe siècle. Cet ensemble est en bon état et est caractéristique de l'urbanisation de Bruxelles à cette époque. Plusieurs bâtiments ont un intérêt individuel. Il s’agit, tout d’abord, de la maison de style néo-Renaissance flamande au 234 rue du Progrès (relevée dans le RNT EIE). En excellent état, elle présente des détails de décoration intéressants dans les ferronneries et boiseries (la porte d’entrée est particulièrement remarquable), mais surtout dans les vitraux, qui couvrent toute la façade. Ces qualités pourraient lui valoir une mesure de protection individuelle (classement ou sauvegarde). Il faut aussi noter l’intérêt des maisons jumelles éclectiques aux 226-228, des hôtels de maître néoclassiques aux 236 et 256 et de l’immeuble du 258 au jeu de briques particulier. Aussi, le projet prévoit l’amputation d’une partie (ancienne conciergerie) du site Aubert-Blaton (1876). La disparition d’un de ces éléments aura pour conséquence d’appauvrir l’intérêt et la compréhension de l’ensemble du site. L’impact visuel depuis la rue de la démolition de la conciergerie sera fort car on perdra une bonne part de la perception du site comme ensemble et de l’entrée de la cour comme constituant essentiel de sa morphologie. Le site est largement reconnu puisqu’il a fait l’objet d’une inscription sur la liste de sauvegarde.
Concernant l’inscription sur la liste de sauvegarde du site Aubert-Blaton, il faut constater que l’analyse qu’en fait la SNCB (point 4.1.6. p. 30) est erronée. En effet, il y est dit : « Dès lors, le projet de démolition de la conciergerie fera très vraisemblablement l’objet d’un arbitrage lors de la procédure de demande de permis unique si l’on considère que la Commission Royale des Monuments et des Sites, appelée à se prononcer, suivra son avis de principe (défavorable) remis en avril 2005. ». Or, pour un bien inscrit sur la liste de sauvegarde, suivant les art. 177 et 220 du COBAT, l’avis de la CRMS pour l’autorisation de travaux où la radiation de la liste de sauvegarde est un avis conforme. Il ne peut donc y être dérogé ou faire l’objet d’un « arbitrage » sous peine de contrevenir à la législation. Pétitions-Patrimoine s’étonne d’ailleurs que, malgré la position connue depuis 2005 de la CRMS, le demandeur présente en toute connaissance de cause un projet qui va radicalement à l’encontre de cet avis.
Enfin, l'expulsion de plus de 200 habitants entraînera, pour ceux-ci, des difficultés majeures de relogement (faible indemnisation des locataires, difficulté ou impossibilité de retrouver des loyers comparables, déracinement du quartier…) alors qu’aucune reconstruction de logement n’est prévue par le demandeur. Pour le quartier, il s’agit d’une importante déstructuration avec la création d’un large espace résiduel le long du nouveau talus/mur de chemin de fer.
En conclusion, le prix à payer par Bruxelles pour ce projet est tout à fait disproportionné face aux avantages obtenus. En effet, il existe des alternatives qui, bien qu’elles n’offrent sans doute pas toutes les mêmes souplesses ou facilités d’exploitation ferroviaire, évitent des impacts négatifs aussi importants. Ceci est d’autant plus vrai qu’une amélioration des capacités ferroviaires à cet endroit n’empêchera pas assez rapidement la saturation de la jonction Nord-Midi. Cette saturation entraînera la nécessité de dédoubler celle-ci, plus que probablement par un tunnel en profondeur. Lorsque adviendra cette nécessité, le prolongement de ce tunnel vers le Nord pourra logiquement le faire déboucher au delà de l’actuel rétrécissement du « Quadrilatère » et fera paraître les démolitions actuelles comme une solution temporaire et inutilement destructrice.
